mercredi 13 janvier 2010

Jean-Jacques Werner dans les DNA

Baguette magique
Jean-Jacques Werner, 75 ans le 20 janvier, commence seulement à être régulièrement joué en Alsace, sa région natale qu'il aime de façon « viscérale ». Chef d'orchestre à la radio nationale, invité à diriger souvent à l'étranger, directeur du Conservatoire de Fresnes, compositeur prolixe, Jean-Jacques Werner a touché à tout, avec talent, dans le domaine de la musique. Les bonnes fées qui se sont penchées sur son berceau lui ont donné une baguette magique.

Dernières Nouvelles d'Alsace Région / Jean-Jacques Werner, compositeur, chef d'orchestre



Jean-Jacques Werner a transmis ses gènes de musicien à ses fils : Stéphan est contrebassiste soliste à l'Orchestre philharmonique de Strasbourg, Frédéric est professeur de flûte. (Photo DNA - Michel Frison) Jean-Jacques Werner à la baguette et sa seconde épouse Anne Jodry au violon, pendant une répétition à la Maison de la Radio dans les années 70. (Document remis)


On est accueilli à l'entrée de la maison de Barr par l'exubérant et joueur Wolfi, un Boston terrier, cousin du bouledogue français, ainsi nommé en hommage à Wolfgang Amadeus Mozart ! Jean-Jacques Werner est revenu habiter au pays il y a quatre ans. Comme bien d'autres artistes de renommée internationale - Tomi Ungerer lui aussi figura longtemps dans cette catégorie avant d'être quasi sanctifié - le compositeur et chef d'orchestre est davantage connu et reconnu à l'étranger qu'en Alsace.

« C'est un peu de ma faute, avoue-t-il. Je suis resté en contact avec ma région, mais je n'ai jamais rien demandé à personne ». Notamment pas de voir ses compositions intégrées au programme de l'Orchestre philharmonique de Strasbourg ou de Musica. « Je ne fais pas partie du courant moderniste, que je respecte, privilégié par Musica. Je ne suis pas non plus dans la catégorie des conservateurs. » Où alors ? « Disons que je suis bien imbibé de mon époque », dit Jean-Jacques Werner qui se définit, trop modestement sans doute, comme un « honnête artisan ».

« L'indépendance d'esprit coûte cher »

La relative méconnaissance dont il fait l'objet en France, hors le milieu des spécialistes et des mélomanes, ne l'a pas aigri pour autant. Il regrette que ses oeuvres n'aient pas eu la chance d'être davantage diffusées, confie-t-il à Michaël Andrieu, docteur en musicologie, enseignant à la Sorbonne, qui lui a consacré un opuscule (*). « Le monde musical est fait de telle sorte que si tu es indépendant, tu es soit accepté, soit rejeté. Je suis resté entre deux chaises... souvent avec succès ! », dit-il avec cet humour bonhomme qui caractérise la famille Werner.
Jean-Jacques est en effet le frère de Robert, ancien rédacteur en chef de TF1, le pape de la défense du patrimoine, sauveur de plus d'un chef d'oeuvre en péril, membre correspondant de l'Institut de France. Contrairement à son aîné, Robert était bien placé dans la sphère médiatique pour assurer sa propre notoriété.

Son père fait entrer un Gaveau à la maison à la barbe des Allemands

La fratrie de quatre garçons et une fille, nés avant et après guerre, a poussé à Cronenbourg au sein d'une famille luthérienne très pratiquante. La mère lit et commente quotidiennement la bible à ses enfants. Le dimanche, ils participent à l'office de Saint-Pierre-le-Jeune. Ceux qui ont le courage d'aller au centre-ville à pied ont le droit de garder comme argent de poche les quelques sous prévus pour le transport.
Avant guerre, le père, Marcel, travaille au Comptoir du cinéma ; il gardera un souvenir ému de sa brève rencontre avec Danièle Darrieux. Inspecteur des impôts pendant le conflit, il devient à la Libération fondé de pouvoir dans une usine textile. « Il rêvait pour nous de situations nobles, avocats, pharmaciens. Nous sommes devenus musicien, journaliste, graphiste... Il a fallu qu'on gagne notre vocation », dit Jean-Jacques. La famille était ouverte au monde et à la culture cependant. Le chant choral se transmettait de génération en génération. Jean-Jacques, dont les dispositions pour la musique sont très tôt décelées, a droit à sa propre chambre, meublée d'un piano. « Mon père, grand francophile, était fier d'avoir fait entrer à la maison un Gaveau à la barbe des Allemands. »
A 13 ans, Jean-Jacques fait une rencontre « marquante » : Albert Schweitzer, le philosophe musicien, de retour à Gunsbach. Le jeune homme venait d'entrer au Conservatoire de Strasbourg dirigé par Fritz Munch, le frère de Charles, qui donnait un cours, largement inspiré des thèses de Schweitzer, sur les chorals de Bach. Jean-Jacques suit les cours de harpe, de cor d'harmonie, de direction d'orchestre et d'écriture. Premier prix de cor et de harpe à Strasbourg, il intègre la Schola Cantorum à Paris pour parfaire sa formation. L'un des directeurs et enseignants, Daniel Lesur, qui disait à ses élèves : « Je peux vous donner un métier, je ne peux pas vous donner du génie », écrira plus tard à propos de Jean-Jacques Werner : « Il était particulièrement doué, non seulement pour le jeu des instruments, mais également pour l'écriture. Déjà, il composait avec imagination, avec bonheur. »

Fresnes, sa prison, son école nationale de musique

La guerre d'Algérie est une longue (33 mois) et difficile parenthèse dans la vie du musicien qui vient de se marier et dont l'épouse a accouché du premier de leurs quatre enfants. Ses talents lui permettent heureusement d'échapper rapidement aux zones de combat, pour se consacrer à la composition de la musique des films de propagande pour l'armée. Il rencontre aussi le journaliste et poète André Laude qui l'introduit, au retour à Paris, dans les milieux artistiques et culturels. « La lecture de textes poétiques est ma principale source d'inspiration. Elle m'a procuré plusieurs chocs. Je puise également dans les faits de société - je suis très sensible à la misère du monde - et dans la mondialisation : notre société occidentale tellement encloisonnée s'est ouverte après guerre aux musiques des Inuits, des Incas, etc. », dit Jean-Jacques Werner.
Démobilisé, il réussit le concours de la direction des orchestres de la radio nationale. Il est alors entraîné dans un vrai tourbillon qui le conduira parfois à donner trois concerts avec des orchestres différents dans la même semaine. D'autant qu'entre-temps, il s'est installé à Fresnes, « la zone à l'époque, seulement connue pour sa prison ». Le maire lui demande en 1968 de transformer les cours de musique municipaux en Conservatoire ; celui-ci, qu'il dirige jusqu'à son départ en retraite en 2003, obtient en 1985 le statut d'École nationale de musique. Il crée l'Ensemble instrumental du Val-de-Marne ainsi que la Jeune Philharmonie, futur orchestre professionnel Léon Barzin.
Détailler la biographie de Jean-Jacques Werner, ses actions pédagogiques, ses engagements internationaux (en juillet prochain il passera dix jour dans un « music camp » au Michigan et dirigera un grand orchestre américain), les honneurs qui lui ont été rendus, prendrait énormément de place. Et le catalogue de ses oeuvres encore davantage : il a composé une centaine de pièces de musique, deux opéras, un opéra de chambre. Séparé de sa première épouse, il rencontre la violoniste Annie Jodry qui fut, à 16 ans, premier prix de violon au Conservatoire de Paris et premier grand prix du concours international de Genève à 19 ans. « Nous avons été fiancés pendant trois décennies et nous nous sommes mariés il y a un an », dit-il. Ils se sont souvent produits ensemble.
Jean-Jacques Werner compose toujours. « J'entends dans ma tête les musiques que je reproduis sur le papier. » Lorsque l'interprétation n'était pas tout à fait à la hauteur de ce qu'il attendait, il disait à ses musiciens : « Le Bon Dieu m'a donné une oreille et je le regrette parfois ». Il est bien le seul à le regretter.

Claude Keiflin

(*) Deux livres lui sont consacrés, celui de Michaël Andrieu, Mille ponts entre un homme et sa musique aux éditions Delatour et celui de Pierrette Germain, Un musicien à l'oeuvre, chez Aléas.Jean-Jacques Werner est associé à la saison 2009-2010 de l'Ensemble instrumental La Follia qui a inscrit son Spiritual pour violon solo et cordes au programme de son concert de nouvel an, aujourd'hui à 17 h, aux Tanzmatten de Sélestat. L'Ensemble K lui rendra également hommage, avec une création mondiale, au concert de nouvel an de Barr, le dimanche 31 janvier à 17 h à la salle des fêtes. Un autre concert exceptionnel sera donné par la Maîtrise de Notre-Dame de Paris à l'église Notre-Dame des Champs, le dimanche 14 février.

© Dernières Nouvelles d'Alsace

Édition du Dim 10 jan. 20

1 commentaire:

Unknown a dit…

bonjour,
je voulais savoir si vous aviez une adresse un mail pour contacter
Jean jacques Werner ! j aimerais lui écrire
merci infiniment ;)